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Cela fait plus de 20 ans que la France est classée parmi les 10 pays les plus pessimistes du monde selon des études réalisées par Gallup International, World Values Survey, Pew Research Center ou l’OCDE alors qu’elle fait partie des 10 pays les plus riches du Monde sur cette même période.
D’où nous vient cette tendance au pessimisme ?
Comme je l’ai évoqué dans le précédent article, la France a une forte culture de la pensée critique, mais faire preuve de scepticisme et douter de ce qui nous est dit pour le mettre à l’épreuve ne signifie pas pour autant être pessimiste.
Nous savons également que les sociétés influencées par le catholicisme, selon Émile Durkheim et Max Weber, ont plutôt tendance à se concentrer sur l’expiation des fautes que la valorisation des succès.
Mais nous ne sommes pas le seul pays influencé par cette religion. Il faut donc chercher ailleurs.
Une nostalgie de gloires passées
Dans son livre « Les lieux de mémoire » paru en 1984, l’historien Pierre Nora, précise que la mémoire collective française serait marquée par la nostalgie de gloires passées, une grandeur qui serait à présent perçue comme définitivement perdue face aux niveaux géants que ce sont la Chine et les Etats-Unis, contre lesquels il s’avère impossible de lutter.
Une désillusion envers l’État
L’histoire de France est marquée par des révolutions, des guerres et de crises politiques qui ont façonné une conscience collective sensible aux incertitudes et aux bouleversements. D’ailleurs, selon Michel Winock, historien français, les traumatismes historiques, tels que les deux guerres mondiales, auraient laissé une empreinte d’anticipation des difficultés futures et une méfiance envers les changements.
Ce pessimisme serait également dû à une déception et une désillusion progressive vis-à-vis de nos institutions qui ne répondraient pas aux attentes des Français alors qu’ils ont guillotiné un roi et fait la révolution pour concevoir une société qui se voulait libre, égalitaire et fraternelle.
Un goût prononcé pour la protestation
Une autre raison serait, selon le sociologue allemand Jürgen Habermas, une appétence que nous aurions pour le débat public qui est souvent l’occasion d’exprimer en premier lieu des désaccords et des frustrations.
La tradition française de protestation et de grève, moments d’expression de mécontentements, met l’accent sur les problèmes plutôt que sur la recherche de solutions pourrait avoir une influence sur cet état d’esprit pessimiste.
Une influence artistique fataliste
Le pessimisme est souvent perçu en France comme une forme de réalisme, une manière de ne pas se laisser berner par des discours trop optimistes ou naïfs.
La littérature (Schopenhauer, Céline, Houellebecq…), la chanson (Barbara, Ferré, Gainsbourg…), le cinéma (Les valseuses, la haine, le pianiste…) et l’art français dans son ensemble, ont souvent exploré des thèmes sombres, satiriques, fatalistes et pessimistes.
Des médias qui privilégient le négatif au positif
Dans son ouvrage « Sur la télévision » paru en 1996, le sociologue français Pierre Bourdieu souligne la singularité de nos médias à se focaliser davantage sur les évènements négatifs que positifs. Cet argument est conforté par une étude réalisée par l’INA en 2018 qui montre que 65% des informations sont de natures négatives et pessimistes.
Pourquoi nos médias ont-ils une appétence pour nous montrer tout ce qui ne va pas dans le monde ? De récentes recherches ont analysé ce phénomène :
Premièrement, nos médias considèrent qu’accorder plus de poids au négatif qu’au positif génère des réactions émotionnelles plus fortes.
Selon l’économiste Robert Picard, dans un marché médiatique saturé, nos médias cherchent à maximiser l’audience par de l’information négative, considérée comme plus attrayante, pour retenir l’attention du public.
Par ailleurs, du point de vue de Jürgen Habermas, la particularité des médias français est qu’ils se considèrent comme le contre-pouvoir, chargé de surveiller les institutions. Ce « combat » les conduit à investiguer en priorité sur les abus, à mettre en lumière les failles des systèmes pour remplir leur rôle de gardiens de la démocratie.
Si l’on en croit le psychologue Sheldon Solomon, les individus sont motivés par la peur de la mort et les médias exploiteraient cette peur existentielle en diffusant des nouvelles pessimistes.
Cet article a pour objectif de sensibiliser les pilotes du changement de la nécessité de prendre en compte cet état d’esprit qui nous est si singulier dans leur annonce et leur processus d’appropriation.


