Quand chacun oeuvre pour anticiper les risques graves (le Presqu’accident) – Enedis

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Faut-il attendre l’accident grave pour améliorer la prévention des risques en entreprise ou est-il possible d’améliorer la sécurité sans attendre ce niveau de gravité ? Selon plusieurs études les accidents graves sont assez rares. On peut donc attendre longtemps avant de s’apercevoir de certains problèmes de sécurité au sein d’une organisation et cela arrive souvent trop tard.

Par ailleurs, l’accident grave est rarement dû à une circonstance exceptionnelle qui n’a jamais été rencontrée auparavant. Il est fréquent qu’un accident grave survienne alors que les risques étaient déjà présents mais non identifiés.

Si le taux de fréquence des accidents avec arrêt de travail baisse de manière très significative chez Enedis depuis quelques années (il est actuellement inférieur à 3), le nombre d’accidents graves quant à lui reste assez constant. D’après de nombreux experts en sécurité, pour réduire le nombre d’accidents graves, il faut réduire le nombre de situations anormales, même si elles n’ont pas de conséquence, d’où l’adage « c’est la fréquence qui fait l’accident ».

C’est pourquoi cette entreprise s’est engagée depuis quelques années dans l’adoption d’une pratique, les « presqu’accidents », qui vise à déclarer des situations qui auraient pu provoquer un accident même si cela n’a pas été le cas.

Présentation :

Cette pratique repose sur le postulat que l’analyse des « signaux faibles » (situations à risque sans qu’il n’y ait eu d’accidents) et plus particulièrement la reproduction de ces situations permet d’identifier des risques d’accident qui n’auraient pas été décelés autrement.

En d’autres termes, la démarche consiste à évoquer et analyser des situations qui n’ont eu aucune gravité mais qui auraient pu l’être, comme par exemple ne pas accrocher un harnais lorsque le contexte rend l’opération difficile. Si cet écart se reproduit plusieurs fois, il y a de fortes chances que, statistiquement, il soit à l’origine un jour d’un accident grave, d’où la nécessité d’analyser dès que possible tout écart, même et surtout s’il n’a eu aucune conséquence grave.

La majorité des techniciens d’Enedis travaillent en extérieur, sont souvent seuls et sont rarement encadrés par un manager. L’autonomie confiée aux collaborateurs nécessite qu’ils soient fortement impliqués dans la déclaration des presqu’accidents puisqu’ils sont les seuls à pouvoir communiquer l’information.

Lorsqu’un collaborateur vient de vivre une situation potentiellement à risque, comme par exemple une charge lourde qui aurait pu tomber et blesser une personne ou qui serait tombée à côté d’une personne, comme un transformateur, il a la possibilité de déclencher un « presqu’accident ».

Pour ce faire, que ce soit juste après la situation à risque ou en fin de journée, le collaborateur signale ce qui s’est passé à son responsable hiérarchique (chute d’objet comme dans l’exemple cité, procédure de sécurité ne pouvant être respectée ou encore un aléa ayant perturbé le bon déroulement du chantier.

Tous deux déclarent le « presqu’accident » en précisant les faits dans les différentes rubriques du logiciel conçu par l’entreprise, intitulé « OUPS », afin de collecter le maximum d’informations factuelles sur ce qui a été vécu de manière à permettre d’analyser ultérieurement et en profondeur la situation, avec toutes les parties prenantes concernées.

L’analyse des causes profondes se déroule en général avec l’aide d’un expert prévention qui apporte son appui méthodologique. En effet, au-delà des erreurs qui ont été potentiellement commises par les différents acteurs, il s’agit de comprendre pourquoi ces erreurs ont été commises et comment il est possible d’agir sur le système pour éviter que cela ne se reproduise (travailler sur la prise de conscience des risques, sur la capacité d’analyse des acteurs, leur capacité d’adaptation, faire évoluer nos règles, adapter notre matériel, etc).

A la différence d’un accident qui implique une recherche de responsabilité, le presqu’accident permet de se placer dans une logique unique de progrès pour la sécurité de tous.

L’analyse est ensuite communiquée au collaborateur qui est par ailleurs remercié d’avoir contribué à l’amélioration de la prévention des risques. Elle est également diffusée aux autres équipes susceptibles de rencontrer la même situation pour qu’elles puissent la partager.

Ce partage peut prendre différentes formes. Certaines Directions Régionales utilisent une newsletter, d’autres préfèrent organiser un temps d’arrêt collectif, d’autres encore utilisent le quart d’heure prévention hebdomadaire.

Bénéfices :

Le « presqu’accident » permet de tirer des enseignements de situations d’apparence mineure de manière à éviter des accidents majeurs et à réduire de manière significative la fréquence de l’accidentologie.

Cette démarche responsabilise les collaborateurs sur leur rôle de prévention des risques d’accident et les rend contributeur de l’amélioration de la sécurité. Enedis estime que pour 1 accident grave, il y a potentiellement une dizaine de « presqu’accidents » qui peuvent aider à prévenir l’événement grave s’ils sont remontés du terrain.

Les déclarations individuelles permettent au groupe de bénéficier du vécu de chacun. Le partage de ces informations renforce la solidarité et l’entraide.

Enfin, la valorisation du collaborateur qui a déclaré un presqu’accident permet de faire évoluer la relation et modifie le rapport à l’erreur qui n’est plus considérée comme une insuffisance professionnelle ou une faute mais comme une source d’apprentissage et d’amélioration de la sécurité.

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